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Sommet Trump-Xi "sans précédent" à Pékin, commerce et guerre en Iran au menu
information fournie par Reuters 14/05/2026 à 08:32

Le marché du pétrole brut stressé se tourne vers le sommet Xi-Trump pour obtenir de l'aide pour l'Iran : Russell

Le marché du pétrole brut stressé se tourne vers le sommet Xi-Trump pour obtenir de l'aide pour l'Iran : Russell

par Trevor Hunnicutt et Mei Mei Chu

Donald Trump était reçu jeudi à Pékin par Xi Jinping pour des discussions lors desquelles le président américain entend obtenir ‌des succès économiques auprès de son homologue chinois, préserver la fragile trêve commerciale sino-américaine et naviguer des questions épineuses - guerre en Iran, Taïwan.

Alors que sa cote de popularité est en déclin en raison de la guerre en Iran, à moins de six mois des élections de mi-mandat au Congrès américain ("midterms"), Donald Trump ​voit sa visite très attendue en Chine - la première d'un président américain depuis son précédent déplacement en 2017 lors de son premier mandat - revêtir une importance encore plus grande.

Il a été reçu avec faste jeudi matin au Grand Palais du Peuple par Xi Jinping. Les deux dirigeants ont échangé une poignée de mains et des sourires chaleureux sur un tapis rouge déployé devant l'imposant bâtiment pékinois, pendant que des enfants agitaient fleurs et drapeaux des deux pays, au son d'hymnes révolutionnaires.

"Vous êtes un grand dirigeant. Parfois les gens n'aiment pas que je le dise, mais je le dis quand même", a déclaré Donald Trump ​à l'adresse de Xi Jinping, après avoir donné à ce dernier plusieurs tapes dans le dos alors que les deux dirigeants montaient les marches du palais.

"Certains disent qu'il pourrait s'agir d'un sommet sans précédent", a-t-il ajouté. "C'est un honneur d'être en votre compagnie. C'est un honneur d'être votre ami, et la relation entre la Chine et les Etats-Unis est meilleure que jamais".

Xi Jinping a déclaré à son homologue américain que "le ​succès de chacun des pays représente une opportunité pour l'autre". "Une relation sino-américaine stable profite au monde entier", a poursuivi le président chinois. "Quand nous coopérons, les ⁠deux camps en profitent. Quand nous nous affrontons, les deux camps souffrent".

LE RAPPORT DE FORCES A CHANGÉ

Donald Trump est notamment accompagné en Chine par un groupe de dirigeants de grandes entreprises américaines, dont Elon Musk et le directeur général de Nvidia, Jensen Huang, invité de dernière ‌minute qui a pris place à bord de l'avion présidentiel Air Force One lors d'une escale en Alaska.

Nombre de ces patrons sont désireux de régler des différends avec les régulateurs chinois. Donald Trump a indiqué via son réseau Truth Social au moment de son départ pour Pékin vouloir exhorter Xi Jinping à "ouvrir" la Chine aux entreprises américaines.

Mais le rapport de forces a changé depuis la dernière visite de Donald Trump chez le principal rival des Etats-Unis, a noté Ali Wyne, conseiller ​de haut rang sur les relations sino-américaines au centre de réflexion International Crisis Group, rappelant qu'en 2017 la Chine s'était ‌efforcée de combler le président américain en actant l'achat de milliards de dollars de produits américains.

A l'époque, Pékin "tentait de persuader les Etats-Unis de son statut grandissant (...)", a-t-il dit. "Cette fois-ci, ce sont les Etats-Unis, de ⁠manière spontanée, de leur plein gré, qui reconnaissent ce statut", a-t-il ajouté, citant la manière dont Donald Trump a utilisé lors de sa précédente rencontre en octobre dernier avec Xi Jinping - une brève réunion en marge d'un forum régional en Corée du Sud - le terme 'G2' en référence à un duo de superpuissances.

Les deux dirigeants auront à Pékin l'opportunité de discuter plus longuement. Après leur rencontre au Grand Palais du Peuple, leur programme commun prévoit une visite du Temple du Ciel classé au patrimoine mondial de l'Unesco, un banquet officiel jeudi soir et un déjeuner vendredi, selon l'emploi du temps communiqué par la Maison blanche.

PRESSIONS

Donald Trump ⁠aborde toutefois ces rendez-vous avec une 'main' affaiblie. La Cour suprême ‌des Etats-Unis et des tribunaux américains ont restreint sa capacité à imposer des droits de douane à son bon vouloir sur les produits en provenance de Chine et d'autres pays.

Par ailleurs, la guerre en Iran a fait grimper les prix du ⁠carburant et alimenté l'inflation aux Etats-Unis, renforçant l'hypothèse que son Parti républicain perde en novembre prochain la majorité dont il dispose dans les deux chambres du Congrès.

Si la croissance chinoise s'est essoufflée, Xi Jinping n'est pas confronté à des pressions économiques ou politiques comparables.

Il n'en reste pas moins que les deux camps ‌ont la volonté de prolonger la trêve commerciale actée en octobre dernier, quand Donald Trump a suspendu les droits de douane de plus de 100% imposés sur les produits chinois et Xi Jinping est revenu sur les mesures strictes de contrôle des exportations des terres ⁠rares, cruciales pour un éventail de chaînes de production mondiales.

Les deux dirigeants devraient discuter lors de leur sommet de la mise en place de forums destinés à favoriser les échanges commerciaux et les ⁠investissements bilatéraux ainsi qu'à dialoguer sur des questions liées à l'intelligence artificielle (IA).

Washington entend ‌vendre à Pékin des avions Boeing, des produits agricoles et de l'énergie afin de réduire son déficit commercial bilatéral, un déficit qui irrite Donald Trump de longue date. Pékin veut que Washington assouplisse ses restrictions sur les importations de semiconducteurs de pointe et d'équipements de fabrication de puces, a-t-on appris de ​représentants impliqués dans les préparatifs du sommet.

LA QUESTION DE TAÏWAN, PRIORITÉ DE PÉKIN

En plus de ces questions commerciales, il est attendu que Donald Trump demande à la Chine de ‌convaincre l'Iran de conclure un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin au conflit déclenché le 28 février par la campagne de bombardements américano-israéliens, même si le président américain s'est défendu d'avoir besoin de l'aide de Pékin.

Des analystes ont dit douter que Xi Jinping soit disposé à faire pression sur Téhéran ou à cesser de soutenir l'armée iranienne, ​étant donné la valeur de l'Iran aux yeux de la Chine comme contre-pouvoir stratégique face aux Etats-Unis.

Le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio a déclaré à Fox News lors du vol à bord d'Air Force One en direction de Pékin qu'il était de l'intérêt de la Chine de contribuer à résoudre cette crise, alors que de nombreux navires chinois sont coincés dans le Golfe, ajoutant qu'un ralentissement de l'économie mondiale nuirait aux exportateurs chinois.

Pour Xi Jinping, l'une des grandes priorités est Taïwan, île démocratique que Pékin considère comme une province renégate et à laquelle Washington fournit des armes. Le président chinois a souligné jeudi matin ⁠auprès de Donald Trump que la question de Taïwan était le point le plus important dans les relations sino-américaines, a rapporté l'agence de presse Chine nouvelle.

Si cette question n'est pas résolue de manière adéquate, les deux pays pourraient se retrouver en confrontation, avec pour effet de pousser les relations entre la Chine et les Etats-Unis "dans une zone très dangereuse", a-t-on ajouté de même source.

A quelques heures de l'arrivée de Donald Trump, la Chine a réitéré mercredi sa ferme opposition aux ventes d'armes américaines à Taipei, alors que le Pentagone a approuvé en décembre dernier une vente d'armes sans précédent de 14 milliards de dollars à l'île, pour laquelle Trump doit donner son accord formel. Aux termes de la loi américaine, les Etats-Unis sont contraints de fournir à Taïwan les moyens de se défendre, en dépit de l'absence de liens diplomatiques formels.

Donald Trump "n'a pas vraiment tant de cartes que ça à jouer, mais je ne crois pas qu'il voit les choses de cette façon", a commenté Ronan Fu, chargé de recherche adjoint au centre gouvernemental taïwanais de réflexion Academia Sinica. "Il ne laissera pas la Chine demander tout ce qu'elle veut (...) et faire toutes les concessions qu'elle demande", a-t-il ajouté.

(Reportage de Trevor Hunnicutt et Mei Mei Chu, avec ​la contribution du bureau de Pékin et de Ben Blanchard à Taipei; version française Jean Terzian)

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